Historique de la municipalité

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Le territoire de la Municipalité de Saint-Justin couvre la majeure partie de la Seigneurie de Carufel concédée le 21 avril 1705 à un noble originaire de Castres, au Languedoc, France, Jean Sicard de Carufel, venu s’établir au Canada en 1685, à titre de sergent dans la Compagnie de Des Méloizes, une des premières compagnies franches de la Marine à avoir été envoyées au Canada.

Établi dès 1701 dans la Seigneurie de Maskinongé, au nord-est de la rivière du même nom, près de son embouchure, Jean Sicard fut incapable d’attirer des colons dans sa propre seigneurie. Menacé de la perdre, il s’empressa de concéder à des membres de sa famille, en 1741, des terres dans la concession du Ruisseau-des-Aulnes.

À la mort du seigneur, en août 1743, son fils aîné ne put financièrement assumer la succession de son père, de sorte qu’il préféra céder ses droits à son beau-frère, le marchand Jean-François Baril Ducheny, qui détenait la majeure partie des créances du défunt seigneur. La plupart des autres enfants du défunt imitèrent le geste du fils aîné, de sorte que Jean-François Baril Ducheny obtint en 1744 le titre de Seigneur de Carufel.

Ce dernier concéda de nouvelles terres et facilita l’installation des véritables premiers colons, dans les années 1750, dans ce lieu fort éloigné du secteur colonisé de la Seigneurie de Maskinongé où les colons ne pouvaient se rendre qu’en entretenant à leurs frais un chemin à travers le bois et longeant la terrasse, chemin qui prit plus tard le nom de Pied-de-la-Côte. Ce lieu reçut rapidement le nom de l’Ormière, en raison du grand nombre d’ormes qui croissaient dans ce secteur.

Dès les débuts de son développement, l’Ormière fut incorporée dans la Paroisse de St-Joseph de Maskinongé, tant pour les questions civiles que religieuses. Au niveau civil, les colons de l’Ormière devaient se rapporter au capitaine de milice de Maskinongé, ayant des fonctions s’apparentant à celles d’un maire, de nos jours. Au niveau religieux, leur lieu de culte était situé au sud-ouest de la rivière Maskinongé, à environ ½ mille au sud de l’actuelle route 138.

Lorsque vint la Guerre de la Conquête (1754-1760), les colons furent mobilisés comme miliciens et c’est en cette qualité qu’au cours de la Bataille des Plaines d’Abraham, le 13 septembre 1759, le seigneur Jean-François Baril Ducheny fut tué. Son fils aîné, Pierre Baril Ducheny, lui aussi milicien mobilisé, lui succéda automatiquement et, au cours de la période qu’il passa dans la région de Québec pour participer aux préparatifs de la reprise de Québec, au printemps de 1760, il recruta un grand nombre de familles de la région de Québec qui acceptèrent, une fois la guerre terminée, de venir s’établir dans sa seigneurie.

Dès qu’ils prirent en main les affaires du défunt seigneur, les Ducheny (Pierre Baril Ducheny, seigneur en titre, Geneviève Sicard, la veuve, André Ducheny et Geneviève Ducheny, autres co-seigneurs) se dirent convaincus que pour l’avancement de leur seigneurie, il fallait obtenir une certaine autonomie. Aussi, en 1763, profitant de la vacance du siège épiscopal de Québec, ils obtinrent du Vicaire général de Trois-Rivières l’autorisation d’avoir le territoire de leur seigneurie organisé en paroisse autonome, paroisse qui prit le nom de Paroisse de St-Jean l’Évangéliste de l’Ormière, avec une chapelle-presbytère dans la concession du Ruisseau-des-Aulnes.

À cause du manque de prêtres, leur paroisse ne fut pas tellement fonctionnelle. Aussi, à la nomination du nouvel évêque, Mgr Briand, en 1766, leur privilège fut-il révoqué. Il s’ensuivit des démêlés, tant avec l’évêque qu’avec les autres paroissiens de Maskinongé, démêlés qui se soldèrent en 1767 par la fermeture des deux paroisses belligérantes et leur regroupement avec celle de la Rivière-du-Loup (Louiseville), tout en maintenant néanmoins un lieu de culte à l’ancienne chapelle de Maskinongé, au sud-ouest de la rivière Maskinongé, mais sans curé résidant.

Il fallut attendre jusqu’en 1773 pour voir l’évêque de Québec revenir sur sa décision, mais ce dernier n’y alla que par étape. Il choisit un nouveau lieu de culte pour les deux groupes, en le fixant à mi-chemin, soit sur le dessus de la terrasse, le long du chemin du Pied-de-la-Côte, mais en ne leur donnant pas davantage de curé résidant. Sur des promesses qu’on leur fit miroiter à l’effet qu’ils allaient avoir dans la nouvelle église tous les honneurs et privilèges dus à leur rang, les Ducheny lâchèrent prise. Il y eut d’abord la construction d’une chapelle-presbytère, en 1773, puis d’une église en pierre, de 1783 à 1785.

À partir des années 1775, la Seigneurie de Carufel put avoir son propre capitaine de milice qui était responsable de la gestion de l’aspect civil de la communauté. Parmi ceux qui se succédèrent à ce poste, mentionnons Antoine Marchand, du Ruisseau-des-Aulnes, et Louis Voligny, du Sud-Ouest de l’Ormière.

Au niveau du développement du territoire, la concession des terres alla rondement sous la gestion des Ducheny, de sorte que vers 1790, la presque totalité des terres étaient concédées et occupées par des familles. Il ne restait que quelques terres à bois qui furent finalement attribuées au cours des années 1790 - 1815.

En 1835, à l’occasion d’un débat sur le mauvais état de l’église et du presbytère du Pied-de-la-Côte, surtout sur l’exiguïté de l’église, les résidants du petit hameau situé à l’intersection du chemin du Pied-de-la-Côte et de la route de l’Ormière, hameau qu’on appela plus le Village des Lebrun, tentèrent de faire changer le site de l’église pour un lieu plus commode dans leur hameau, un beau replat qu’ils offraient gratuitement. Le projet fut refusé.

Le problème de l’exiguïté de l’église refit surface en 1848, alors que l’évêque de Québec fit une visite pastorale. Ce fut l’évêque lui-même qui suggéra la division de la Paroisse de Maskinongé pour en faire deux paroisses distinctes. Le seigneur de Carufel, qui depuis 1841 était François Boucher, marchand du Pied-de-la-Côte, suggéra que la nouvelle paroisse portât le nom de Ste-Julie, du nom de sa femme, Julie Olivier, mais l’évêque refusa, prétextant un risque de confusion avec d’autres paroisses de son diocèse portant déjà ce nom, et imposa à la place celui de Saint-Justin, sorti de nulle part. Le 6 juillet 1848, il émit un décret canonique érigeant la paroisse religieuse de Saint-Justin, mais personne ne fit le nécessaire pour lui faire donner la sanction civile. Le nouveau curé nommé à l’église du Pied-de-la-Côte, l’abbé Louis-Edouard Bois, se montra hostile à ce projet et en raison de la reconstruction du presbytère du Pied-de-la-Côte en 1850, une répartition fut imposée à l’ensemble de la paroisse, de sorte que légalement, il devint impossible de la diviser.

Avec la création du régime municipal, en 1855, le territoire de la seigneurie de Carufel eut droit à des conseillers siégeant sur le conseil municipal de Maskinongé. En 1858, un citoyen de la seigneurie de Carufel, Joseph Morin, qui avait ses entrées à l’évêché de Trois-Rivières, fit le nécessaire pour obtenir la mise en application du décret canonique de 1848 érigeant Saint-Justin en paroisse. Puis, au cours de l’année 1859, il obtint le décret civil qui non seulement consacrait le décret canonique de 1848, mais aussi créait la Municipalité de la Paroisse de Saint-Justin qui n’a cessé d’exister jusqu’à ce jour, ce Joseph Morin en ayant été le premier maire.

Le premier curé, l’abbé Honoré-Victor Bellemare, fit son entrée dans la paroisse à l’automne de 1858 et procéda aux démarches nécessaires pour la construction d’une église en pierre, de 1860 à 1862, église qui fut malheureusement détruite par un violent incendie le 15 février 1957. L’église actuelle fut inaugurée au printemps de 1959.

À l’époque où Saint-Justin eut comme curé Mgr Denis Gérin, la paroisse fut l’objet d’une étude sociologique par son neveu, Léon Gérin, fils de l’avocat et journaliste Antoine Gérin-Lajoie, compositeur des paroles du chant patriotique Un canadien errant, étude sociologique qui fut la première réalisée au Canada et qui fut publiée en 1898 sous le titre de L’habitant de Saint-Justin.

Saint-Justin peut s’enorgueillir d’avoir deux personnages illustres issus de son territoire : Marie-Anne Gaboury, épouse de Jean-Baptiste Lagimaudière, première femme blanche à s’établir dans l’ouest canadien et grand-mère de Louis Riel, née dans le rang du Trompe-Souris (Clément); François-Xavier Aubry (Aubry dit Francoeur), célèbre explorateur du mid-west américain, né dans le rang du Nord-Est de l’Ormière (Gagné). On compte aussi parmi les personnalités plus récentes le notaire J.-Arthur Savoie, ancien président d’Hydro-Québec, dont le nom a été donné au cours des années ’60 au rang du Sud-Ouest du Bois-Blanc.

Clément Plante
Le 29 juin 2006

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